Pourquoi la région est démarchée
Le décret vaudois sur les chauffages électriques, les subventions et la hausse du prix de l'énergie ont créé un marché pressé — et un marché pressé attire des vendeurs pressés. Sur la Riviera comme dans le Jorat, les propriétaires reçoivent des appels, des courriers qui imitent des communications officielles, et parfois des visites sans rendez-vous. La plupart des entreprises sérieuses de la région ne travaillent pas ainsi : elles ont plus de demandes qu'elles ne peuvent en traiter.
Ce guide ne dit pas que tout démarcheur est malhonnête. Il vous donne de quoi trier vite, avec des critères vérifiables, sans avoir à devenir expert en thermique.
Les six phrases qui doivent vous alerter
- « La loi vous oblige à remplacer votre chaudière à mazout. » Faux. Le décret DACCE fixe le 1er janvier 2033 pour les chauffages et les chauffe-eau électriques. Il ne vise pas le mazout ni le gaz. C'est l'erreur la plus répandue dans les argumentaires, et on la retrouve même sur des sites qui se présentent comme spécialistes.
- « Vous toucherez tel montant de subvention, c'est garanti. » Aucun montant ne se promet. Les conditions se lisent sur les sources officielles, et la demande doit être approuvée avant le moindre travail.
- « Pas besoin d'autorisation, c'est libre. » Faux également. La dispense de l'art. 68c RLATC est conditionnelle, et même quand elle joue, l'installation s'annonce à la commune avec le formulaire de la DGE, un plan de situation et la fiche technique.
- « Vous aurez la climatisation en été, en cadeau. » Une machine produisant du froid sort de la procédure simplifiée : permis de construire, autorisation de la Direction de l'énergie, et compensation sur place de la moitié de la consommation électrique (art. 28b al. 2 RLVLEne).
- « L'offre est valable jusqu'à ce soir. » Une installation de chauffage se décide sur des semaines. Une remise qui expire dans l'heure n'est pas une remise, c'est une technique.
- « Vous économiserez exactement 2'400 francs par an. » Une économie au franc près, annoncée sans avoir vu la maison, sans relevé de consommation et sans calcul de puissance, n'a aucune valeur.
Les cinq questions qui font le tri
Posez-les au téléphone, dans cet ordre. Un professionnel y répond en deux minutes ; un vendeur change de sujet.
- « Quelle température de départ avez-vous retenue, et sur quelle base ? » La température extérieure de dimensionnement est fixée par la norme SIA 2028, station par station, puis corrigée selon l'altitude d'après la SIA 384.201. Un interlocuteur sérieux sait de quoi vous parlez.
- « Où placez-vous l'unité extérieure, et par rapport à quelle fenêtre ? » La distance du tableau cantonal se mesure jusqu'à la fenêtre du local sensible du voisin le plus exposé, jamais jusqu'à la limite de parcelle. S'il vous répond « contre le mur, là où il y a de la place », vous êtes prévenu.
- « Qui dépose l'annonce ou la demande de permis ? » La réponse dépend de votre commune : Montreux fonctionne par annonce simplifiée, la Ville de Vevey exige un permis déposé par un mandataire qualifié. Ailleurs, cela se vérifie auprès de votre commune. Un devis sérieux dit clairement qui s'en charge.
- « Que faites-vous de mes radiateurs actuels ? » Voir notre guide radiateurs compatibles. « Ça passera » n'est pas une réponse.
- « Le devis inclut-il la dépose de l'ancienne installation, l'électricité, la mise en service et la garantie ? » C'est là que les écarts entre devis s'expliquent, bien plus que sur la marque de la machine.
Le point que les démarcheurs ignorent presque toujours
Ils ne connaissent ni la géographie ni le droit local, et cela se voit à deux détails.
Premier détail : le réseau de chauffage. La loi vaudoise sur l'énergie prévoit une obligation de raccordement (art. 25 al. 2 LVLEne) pour les bâtiments neufs et pour ceux dont les installations de chauffage subissent des transformations importantes — remplacer une chaudière en est une —, lorsqu'ils se trouvent dans les limites d'un réseau alimenté principalement par des énergies renouvelables ou de récupération, avec trois soupapes : la proportionnalité, l'exception pour un bâtiment déjà majoritairement renouvelable, et la préférence donnée aux mesures incitatives. Deux opérateurs distincts interviennent ici, et un vendeur de passage les confond systématiquement. Voir eau du lac et chauffage à distance.
Second détail : le périmètre protégé. Un démarcheur qui promet une pose sous trois semaines à Cully, à Rivaz ou dans un centre ancien n'a pas regardé où il mettait les pieds : dans un site inventorié d'importance nationale, la procédure simplifiée tombe et le projet passe par un permis de construire ordinaire. Notre guide Lavaux et périmètre protégé explique ce qui se joue alors sur l'emplacement et la teinte.
Comment lire un devis en dix minutes
Un devis de pompe à chaleur tient rarement en une page, et c'est plutôt bon signe. Cherchez-y cinq informations, et vous saurez très vite à quoi vous avez affaire.
- La puissance et le point de fonctionnement. Une puissance annoncée sans dire à quelles conditions elle est mesurée ne veut rien dire. Attention d'ailleurs à ne pas mélanger les points d'essai : le tableau cantonal du bruit se lit en A-7/W35, tandis que la subvention se calcule en A-7/W34. Ce ne sont pas les mêmes conditions.
- Le niveau sonore de la machine, en toutes lettres. Sans lui, impossible de lire le tableau des distances, donc impossible de valider l'emplacement.
- Le détail de la dépose de l'ancienne installation, citerne comprise le cas échéant.
- Les travaux annexes : socle, percements, raccordement électrique, ballon d'eau chaude, adaptation de radiateurs. C'est là que se creusent les écarts entre deux offres.
- Les démarches administratives : qui les prépare, qui les dépose, et à quel moment du planning.
Si l'un de ces cinq points manque, demandez-le par écrit avant de comparer. Un devis complet se compare ; un devis vague se négocie, et rarement à votre avantage.
Vos droits, sans jargon
Ne signez rien sur le pas de la porte, même « pour réserver le prix ». Demandez un devis écrit, détaillé, avec les références exactes des appareils, et prenez le temps de le lire à froid. Comparez au moins deux offres portant sur la même puissance et le même périmètre de prestations, sinon vous comparez des choses différentes. Vérifiez l'adresse de l'entreprise et son enregistrement, et méfiez-vous d'un numéro de portable pour seule coordonnée. Enfin, un acompte important avant toute visite technique n'est pas une pratique normale.
Ce que nous faisons, et ce que nous ne faisons pas
Nous sommes une plateforme de mise en relation, pas un installateur. Nous transmettons votre demande à un installateur certifié de la région, qui se déplace, regarde votre maison et vous fait une offre. Nous ne vous rappelons pas trois fois, nous ne publions aucun montant de subvention, et nous vous dirons franchement quand ce n'est pas le moment : notre guide quand la pompe à chaleur est une mauvaise idée existe pour cela, et notre page chauffagiste sur la Riviera explique comment nous travaillons.
Un bon projet se reconnaît à ceci : il commence par une visite, il finit par un devis écrit, et personne ne vous presse entre les deux. La visite et le devis sont gratuits et sans engagement.
Sources : décret DACCE (BLV 730.051) ; art. 68c RLATC et fiche d'application DGE-DIREV de janvier 2026 ; art. 28b al. 2 RLVLEne ; art. 25 al. 2 LVLEne ; Programme Bâtiments ; normes SIA 2028 et SIA 384.201.